Résumés du livre :

I/ Comme celle de tout être humain, la vie de Titus est en permanence conditionnée par son interface, un émetteur implanté dans son cerveau dès sa naissance. Jusqu'au jour où il rencontre Violet, incroyablement belle mais surtout étonnamment libre. Capable de penser par elle-même, elle veut résister à ce pouvoir qui contrôle les agissements et les désirs des hommes. Mais bientôt, l'interface de Violet se dérègle... Titus va affronter une vérité à laquelle rien ne l'a préparé...

II/ Titus et ses amis font un voyage sur la Lune. Grâce à leur interface, un émetteur Internet implanté dans le cerveau des hommes à leur naissance, ils peuvent accéder à une foule d'informations. Néanmoins, Titus s'ennuie et aimerait bien se faire une nouvelle petite amie. Dans un bar, il fait la rencontre de Violet, une belle fille intelligente qui va changer sa vie. Celle-ci possède la capacité de penser par elle-même dans un monde où tout est contrôlé, normalisé et où la consommation est reine. Mais un jour, l'interface de Violet tombe en panne et la compagnie refuse de la réparer.

Lucile et Johanna

Interface

C’était une belle nuit d’été. Les usines crachaient dans un ciel sans étoile leurs volutes multicolores de fumée tandis qu’en bas dans les quartiers les plus pauvres, les feux des révoltes qui avaient secoué la ville les semaines passées brûlaient encore par endroits. Dans ce paysage, on distinguait un aérocar rouge zigzaguant entre les pylônes électriques.

Prenant brusquement une rampe d’élévation, le véhicule traversa à toute vitesse l’étage des classes moyennes pour arriver dans l’étage des quartiers riches, où les bulles d’habitations sentaient à plein nez le trop plein d’argent tant à cause de leurs décorations surchargées que de leurs dimensions si grandes qu’elles en devenaient grotesques.

Au milieu de ce concours de bâtiment « m’as-tu vu », sur une large plate-forme trônait l’un des plus vieux bâtiments du monde « La Médiathèque ». « Offerte » par les Français au peuple américain en 2292, la grande dame n’avait jamais changé de nom bien que son usage fût si varié que personne ne savait vraiment ce à quoi elle avait servi au départ. Certains parlaient d’une bibliothèque, tandis que d’autres évoquaient une église ultra design (pour l’époque). Quoi qu’il en soit, aujourd’hui le bâtiment abritait le siège des corporations et on racontait que depuis peu « l’Interface des interfaces » avait été transportée à l’intérieur malgré le manque évident de sécurité pour le réseau. C’était une manière de narguer les Français, un des derniers peuples à être rentré dans l’alliance globale.

Le pilote se posa avec précaution sur le toit de la Médiathèque.

- Ici Alfa Bravo I, arrivé sur place à l’instant, répondez Alfa Bravo II.

- Reçu 5 sur 5 Alfa Bravo I.

Titus reposa son talkie-walkie et vérifia une dernière fois que son brouilleur était bien branché avant de sortir de l’aérocar. Dehors la lumière glauque des réverbères en suspension magnétique se reflétait sur les plaques de verre mou qui recouvraient une bonne partie de son corps, laissant voir même certains de ses organes.

Depuis que Violet était dans le coma, la situation s’était encore plus aggravée et même la nouvelle mode « aussi beau à l’extérieur qu’à l’intérieur » n’arrivait pas à masquer le fait que la peau des gens partait désormais par plaques entières. Devant un promontoire bas et circulaire Alfa Bravo II, III, IV et V attendaient… tous des pirates recherchés par la Police™. Aucun d’eux n’avait d’interface et c’était pour cela qu’ils avaient enrôlé Titus.

- Tu es en retard petit.

- Je sais mais j’ai rencontré une patrouille vers Died Street et j’ai dû faire un détour monstre pour qu’ils ne repèrent pas mon I.P.

Alfa Bravo II leva la main pour l’arrêter.

- Ne perdons pas plus de temps.

A ces mots, l’un des trois autres sortit un chalumeau datant de Mathusalem et commença à attaquer la fenêtre vitrée qui donnait sur un long escalier en colimaçon peint en orage vif ; une fois l’entaille faite, il se glissa à l’intérieur et s’accrocha à la plaque puis au mur à l’aide de grosses ventouses qu’il portait aux poignets et aux pieds. Le détecteur d’effractions passa plusieurs fois sur le jeune homme mais aucune alarme ne se déclencha.

Aujourd’hui tout était si perfectionné que les lasers étaient programmés pour détecter des missiles de poche ou autres minis bombes nucléaires à monter en kit, si bien qu’un simple couteau ou une personne sans interface était pour eux invisible.

Précautionneusement Alfa Bravo IV se déplaça vers sa gauche jusqu’à atteindre une petite trappe verticale qu’il réussit à ouvrir après s’être escrimé avec un couteau suisse pendant dix minutes.

Pendant ce temps ses camarades à l’extérieur préparaient leurs armes de poings…

Titus, lui qui n’avait à jouer un rôle qu’à la toute fin de l’opération, commençait à se demander s’il avait bien fait d’accepter la proposition des pirates. Il se souvenait

La pièce dans laquelle se trouvait Titus était sombre et enfumée. Au milieu d’un pâle halo de lumière que projetait une antique lampe à huile on distinguait quatre personnes autour d’une table bancale et surchargée.

- Alors finalement tu es venu lança l’homme qui se trouvait le plus à sa droite.

- Il faut dire que vous ne m’avez pas vraiment laissé le choix, répliqua Titus d’un ton sec. Être harcelé nuit et jour par des images de mort et de destructions ne laisse pas beaucoup de place à la réflexion.

- Nous n’avons fait que te montrer la réalité et …

- Ce n’est pas pour échanger ce genre de remarques que nous nous sommes réunis.

Cette fois c’était la femme blonde au centre qui avait parlé.

- Titus nous avons besoin de toi pour faire connaître la vérité, même si elle est horrible.

Le garçon la toisa du regard mais demanda tout de même :

- Pourquoi moi ?

- Pourquoi pas toi ? Et puis nous nous disions qu’après la mort de ton amie Violet…

- Elle n’est pas morte ! Et d’abord comment la connaissez-vous ?

- Tu poses ce genre de questions, mais cela ne te choque pas que ton interface sache avant toi de ce dont tu as envie ?

Comme Titus ne répondait pas, la blonde continua.

- Je disais donc que nous pensions que la m…le coma si tu préfères, de ton amie Violet te rendrait plus réceptif à nos idées

- C’est votre faute si elle est dans cet état-là ! Si vous ne nous aviez pas fait buguer…

La blonde, énervée, le coupa avec un geste de la main, comme si elle chassait des moucherons.

- Ce qui s’est passé sur la Lune est regrettable mais ce n’est pas nous qui avons refusé de la soigner. Ce sont les corporations, comme ce sont elles qui mentent en permanence au peuple. Toujours elles qui polluent la …

- Ce n’est pas mon problème. Allez débaucher un autre gogo que le sort de la planète intéresse.

- Tu ne serais pas ici si ce que tu disais vrai…

La blonde éteignit la cigarette qui brûlait entre ses doigts avant d’ajouter

- Si tu ne le fais pas pour le milliard de personnes qui vivent dans ce pays, fais-le au moins pour venger Violet.

- Et vous croyez vraiment que c’est avec ce genre d’arguments que vous arriverez à me convaincre de mourir pour une cause à laquelle je ne crois pas ?

- Ho ! J’en suis même persuadée, répondit son interlocutrice avec un demi sourire.

Et Calypso avait eu raison.

Il n’avait pas lâché tout de suite mais les visions de mort qui se superposaient en permanence à son environnement avaient fini par faire flancher sa volonté de résister.

Gander (Titus avait fini par savoir que la blonde s’appelait Calypso, les deux qui n’avaient pas parlé lors de leur premier rendez-vous Dorian et Oscar, le dernier était Gander) avait fini par reconnaître bien plus tard que leur méthode d’approche avait été un peu trop musclée.

Lucile Butel et Johanna Wanyou